JournalSaison 4

Désarmement nucléaire, culture maori et apéro interreligieux

Aujourd’hui, nous avons décidé d’interviewer Rob et Kate, le couple qui nous accueille dans sa maison depuis quelques jours. Ce sont tous les deux de grands activistes mondialement reconnus sur les questions de désarmement nucléaire, et nous avons beaucoup de chance d’avoir un moment avec eux. Surtout qu’ils ont une histoire passionnante : Rob est un ancien militaire de l’armée britannique, engagé dans les sous-marins nucléaires. Suite à l’assassinat de sa tante, une activiste pour le désarmement, il a opéré une reconversion complète et rencontré Kate en militant avec elle pour le passage d’une résolution historique à la cour de justice internationale. Kate a passé sa vie à travailler sur ces questions, à l’ONU ou dans la rue, en négociant des traités ou en rédigeant des pétitions, et a enseigné l’éducation à la paix la majeure partie de sa vie.

Nous avons installé tout le matériel dans le bureau de Rob pour l’interview. Elle a été un grand moment pour nous quatre : je crois que nous avons pris conscience de certains enjeux liés au désarmement nucléaire que nous n’avions pas du tout en tête. Notre génération a tendance à penser que c’est un problème résolu, que personne n’utilisera plus l’arme nucléaire qui n’est que dissuasive, mais la question est bien plus compliquée. La Nouvelle-Zelande a fait beaucoup de chemin sur le sujet, la France est encore loin derrière. Rob et Kate insistent pour nous sur le lien entre l’interreligieux et leurs grandes victoires d’activistes. Ils ont travaillé avec de nombreux responsables religieux pour toucher une grande population avec leurs pétitions, et plusieurs communautés différentes sont venues prier devant la cour de justice internationale ou l’ONU pendant leurs délibérations. Ils ont contribué à la rédaction d’un guide sur la coopération interreligieuse dans les processus de désarmement nucléaire. Kate nous parle également du rôle des femmes, qui a été prépondérant dans l’avancée de ces questions pour le Pacifique. Nous les écoutons avec toute la concentration dont nous sommes capables. J’ai l’impression de vivre un fort moment de transmission : c’est le combat de leur vie, et maintenant ils nous arment pour le mener. Quelle responsabilité ! D’ailleurs je ne devrais pas écrire “combat” : Rob nous sensibilise à la démilitarisation du langage et du vocabulaire, à la présence de la culture de guerre dans notre quotidien.

Pendant qu’Abderrahim se rend à la mosquée, Vincent et moi allons faire les courses pour le déjeuner. Nous n’arrêtons pas de parler du rendez-vous que nous venons d’avoir : j’ai envie de tout lire et de tout apprendre sur le sujet, je me sens vraiment inculte sur la question, au regard de ce que nous avons entendu. Mais pas le temps de trop s’étendre dessus, nous avons un deuxième rendez-vous dans l’après-midi.

Ce rendez-vous, il est avec Maurice. Un personnage énigmatique dont nous avons beaucoup entendu parler, à Auckland et à Christchurch. C’est un leader spirituel maori qui a énormément d’influence en Nouvelle-Zélande et qui semble très respecté de tous. Kate nous forme sur le bonjour maori, pour lequel nous sommes supposés mettre le front en contact, fermer les yeux et respirer pour partager notre souffle. Ni une ni deux, on se lave bien les dents avant l’arrivée de Maurice.

Avant de l’interviewer, il nous demande de l’assister pour une cérémonie improvisée dans le salon. Il veut faire de Julie (une amie de Kate également présente ce jour là) “la voix de la paix”. Tous les 4, nous représentons le temps d’un instant les 4 points cardinaux, nous posons la main sur l’épaule de Julie et nous devons répéter des phrases en maori après Maurice. Puis nous nous asseyons et Maurice nous parle de sa vision du biculturalisme en Nouvelle-Zélande, de ses traditions et de ses croyances, de la colonisation. C’est un entretien très particulier, qui ne ressemble pas aux autres que nous avons eus, mais d’autant plus essentiel : nous ne voulions surtout pas partir du pays sans avoir l’occasion de discuter avec un Maori.

Tout de suite après avoir dit au revoir à Maurice, Robert vient nous chercher en voiture pour nous emmener à la soirée organisée par le conseil interreligieux de Christchurch. Nous prenons un repas avec eux et assistons à leur session de travail, qui nous rappelle un peu les réunions de groupes locaux à Coexister (sauf que la moyenne d’âge est bien plus élevée). Puis ils nous demandent de présenter notre projet et ont beaucoup de questions à nous poser, nous rencontrons beaucoup d’enthousiasme et ça nous fait bien plaisir.

Adèle

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